Moi lectrice ultra-sensible, psychorigide et amnésique

Moi, lectrice ultra-sensible…

… Et mon compagnon de lecture indispensable, un paquet de kleenex.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai lu des histoires tristes. Pas par goût puisque je déteste quand ça se finit mal (j’y reviendrais) mais par besoin de vider ce trop-plein d’émotions accumulé dès mon enfance et peut-être pour comparer avec ma propre histoire. C’est ainsi que j’ai englouti « Vipère au poing« , « Poil de carotte« , « Le petit chose » et beaucoup d’autres encore. De quoi me filer une pêche d’enfer, il faut bien le reconnaître. J’avoue avoir été un peu déçue par ces histoires d’enfances malheureuses, je trouvais Madame Lepic pas si méchante et Folcoche pas si dure. 

Ensuite, et parce que ma boîte de mouchoirs et moi on était très liées, j’ai dévoré des « sagas du terroir« . « Le pain noir« , « La courée« … en x tomes, des destins tragiques prenant leurs sources dans des enfances glauques et lugubres à souhaits. Le tout sur fond d’étables, auges à cochons et corons décrépis. Je versais des litres de larmes, soulagée sûrement de pouvoir m’apitoyer sur plus malheureux que moi.

Évidemment, dans la foulée, je n’ai pas omis, au collège, de m’enfiler tous les Zola, histoire de parfaire ma culture en matière de drames sordides. Et plus tard, avec une pointe de Camus, j’ai achevé de me noyer dans la noirceur de l’humanité.

Je me dis que c’est certainement grâce à ce traitement de choc que maintenant, j’aime particulièrement les récits humoristiques et légers.

Moi, lectrice psychorigide…

Quand je lis, j’aime être emportée par l’histoire mais souvent je redescends sur terre plus vite que prévu…

emportée par l'histoire

Comme je le disais plus haut même si j’ai la larme facile, je déteste quand une histoire se finit mal. Car j’accepte de lire les drames et les mélos à une condition, qu’ils se finissent bien. Sinon, quel est l’intérêt ? À quoi ça rime ? Qu’est-ce que l’auteur essaye de nous dire ? Que la vie ne mérite pas d’être vécue ?

Le livre qui m’a le plus exaspérée à ce niveau là, ces dernières années, c’est « L’élégance du hérisson« . Je lui en ai voulu à Muriel Barbery. Moi qui ai lu ce livre « les yeux fermés » en pensant être bien à l’abri, persuadée d’avoir affaire à un bon best-seller bien guimauve comme on est en droit de les aimer. Et là BAM ! Dernières pages, le drame, la concierge écrasée, oui je raconte la fin, je doute qu’il y ait encore une personne en France qui l’ignore ! J’ai revendu mon livre illico, je peux te le garantir ! Écoeurée par tant de cruauté et de manque d’empathie pour nous lecteurs qui n’avions qu’une envie, voir cette pauvre femme vivre enfin la vie qu’elle méritait.

Autre chose qui m’agace quand je lis, mon obsession des détails.

Que ce soit sur la chronologie de l’histoire :

« Mais Trucmuche, il ne connaissait pas Bidulette en 1939 puisqu’il avait quitté la région 5 ans auparavant et qu’elle, elle s’y est installée en 37. » Le doute s’installe, ça m’agace, je repars en arrière pour bien vérifier que c’est en 37 et pas en 27 que Bidulette a pointé le bout de son nez. Je cherche la page où je crois me souvenir que c’est écrit, je ne trouve pas, ça m’énerve et je rumine pendant au moins un chapitre.

Plus l’histoire m’indiffère et plus je suis susceptible de me laisser bouffer par ce genre d’insignifiances. Logique.

lectrice psychorigide

Ce qui touche à la géographie me stresse également :

Quand l’auteur te donne moult détails sur la région, « Glandouille-les-minous se trouve à 3 lieues de Tritons sur escarpe ». Je rêve, il y a deux pages Georges-Amédée a dit qu’il avait mis 2 jours pour aller de l’un à l’autre, ça ne peut pas être qu’à 3 lieues !

Un conseil aux auteurs et futurs auteurs, arrêtez de donner des détails si vous n’êtes pas sûrs de votre coup. Certains, comme moi, peuvent rester bloqués dessus pendant des pages, de quoi virer maboul. Donc, parfois, moins on en dit, mieux c’est.

Parce que je t’ai pas dit, aussi, je déteste les descriptions à rallonge qui apporte peu à l’histoire :

« La pièce était petite et mal éclairée, mmmoui, une vieille commode trônait face à la porte d’entrée, pfff, une lampe Louis-Philippe, juchée au sommet, brillait faiblement, mais on le sait qu’elle est mal éclairée cette pièce. La photo de tante Hildegarde, placée dans un cadre en bois bon marché, arrrrggh et flétrie par les années, p*tain mais c’est pas un peu fini, oui ? lui rappela qu’elle aussi jadis avait occupé cette demeure, sans blague… »

Oui je sais, ça s’appelle de la littérature et le plaisir des mots. Mais une description que l’on trouve trop longue n’est pas une bonne description, non ?

 Tout ce cirque tu me diras pour qu’au final, je ne me souvienne de rien ou presque, sauf la concierge écrasée, j’ai été traumatisée…

Parce que…

Moi, lectrice amnésique…

J’ai disséqué mon bouquin, j’ai pleuré des litres mais dans 6 mois je n’en aurais plus aucun souvenir. C’est grave docteur ? Ou si, je me souviendrais du détail qui m’a monopolisé le cerveau de la page 48 jusque à la page 323. À savoir si le petit chemin sur lequel Justine embrassa pour la première fois Gaëtan passait au-dessus de la ferme familiale ou en contrebas.

Moi, lectrice insupportable…

Aileza-cosmique

 

 

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19 réflexions sur « Moi lectrice ultra-sensible, psychorigide et amnésique »

  1. Tu déteste les longues descriptions et tu as lu tous les Zolas? Toi, lectrice pleine de contradictions?
    Pour le reste, tu n’es pas la seule lectrice insupportable, rassure toi! (Quoique, ça veut dire que ce sont des lectrices comme toi qui liront tes livres 😁)

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    1. C’est vrai que j’ai souffert en lisant Zola point de vue description, mon côté maso sûrement 😀 Je crois que l’intérêt de l’oeuvre prenait le pas sur tout le reste et j’étais prête à tout pour ne plus rien ignorer du destin des Rougon-Macquart.
      J’espère qu’elles seront nombreuses mes lectrices insupportables 😉

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  2. Ptdr 😁😁😁 Bon, ben je confirme : moi, lectrice amnésique parce-que maintenant que tu en parles, je m’en souviens de cet article !!!

    Sinon, je me suis récemment découverte comme toi psychorigide à ne pas supporter les contradictions de détails dans mon dernier livre …

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    1. On devient peut-être maniaque en vieillissant en plus de l’amnésie bien sûr 😀 Pour les films ça me fait pareil, au bout d’une heure trente, je me dis :  » Tiens c’est marrant, ça me rappelle qqch… »

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  3. je me souviens plus des livres que j’ai lus la semaine dernière, je suis obligée de noter les titres au fur et à mesure sinon j’oublie… par contre je me souviens des livres de mon enfance (comme toi, poil de carotte, le petit chose, vipère au poing…)

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    1. Décidément, personne n’y a échappé, je me demande si les « ados » de maintenant lisent encore ça ?

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  4. Je suis aussi une lectrice amnésique. Je suis censée connaitre les Harry Potter par coeur mais je déniche encore des petits détails bref… (et je ne parle pas des autres livres dans un grands états de décrépitudes que j’adore mais dont j’oublie une page sur deux!)

    Ma capacité a chialer, dans mon cas, ce sont les films. Et plus particulièrement « La ligne vert » que je connais pour le coup encore mieux que les HP, puisque c’est mon film favori ever, je connais les répliques limites sur le bout des doigts mais systématiquement à la mort de John Cofe je vide ma boite de Kleenex! Je l’ai déjà vu se faire trucider injustement plus d’une 30aine de fois, mais non, je pleure des litres. Foutu acteurs de talents. (Et je fais pareil avec le livre sinon c’est pas drôle!)

    Je crois qu’on a toutes des plaisirs coupables, mon Aileza ^^

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    1. On a toutes besoin de laisser libre court à nos émotions, je crois. Ou alors ce sont les hormones, les hommes eux pleurent rarement devant un livre ou un film ou alors ils se cachent^^.

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  5. Moi non plus j’aime pas les histoires qui finissent mal et j’ai le même argument que toi a ce sujet…Moi je crois en la vie, enfin j’essaie et j’ai pas envie qu’on vienne me dire que la vie c’est de la merde et que ça finit toujours mal ! Et pourtant, j’ai tellement adoré « l’élégance du Hérisson ». Rien que d’y repenser, j’ai des frissons ! Je ne m’attendais pas à un livre si bien écrit et quand je kiffe l’écriture, c’est peut-être con mais je peux presque lire n’importe quoi… Bon j’avoue que la fin est terriblement horrible. J’ai aussi le même avis sur les descriptions, ça me gonfle quand ça dure trop par contre le sens du détail, pas du tout… Quand je suis prise par le bouquin, l’auteur peut raconter n’importe quoi ou presque, je ne remarquerais rien… et si je ne suis pas emportée en général j’arrête… là ou je suis pénible moi, c’est que j’aime les belles écritures, les métaphores, les jolie phrases, le mots un peu recherchés et je suis trop souvent déçu et de plus en plus…

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    1. Mais carrément, la vraie vie est déjà assez dure comme ça pourquoi nous priver du droit de rêver, pourquoi nous refuser une bonne petite bouffée d’optimisme ? Je suis aussi sensible au style même si je ne suis pas une spécialiste de toutes les figures. Après ça reste très subjectif l’appréciation d’un style comme tout ce qui touche à l’art…

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  6. Je me reconnais un peu là dedans !
    Les détails ou les descriptions qui font que c’est tellement précis donc tu essaies de t’imaginer la scène. Mais visiblement il manque une ligne ou deux parce que quand tu joues le truc dans ta tête, tu t’aperçois que le personnage ne peut tout simplement pas faire ça, c’est physique / géographique ou peu importe.
    Et ça te trotte dans la tête pendant 3 pages…

    Aimé par 1 personne

    1. Oui c’est vrai ce que tu dis, c’est exactement ça. Trop de description tue notre liberté d’imaginer et du coup on arrive plus à faire coïncider l’image que l’on s’est créée et le mode d’emploi qu’on nous impose.

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